Son Excellence Monsieur le Premier Ministre,
Le CMF MENA vous prie de recevoir la pétition signée par les directeurs et rédacteurs en chefs des entreprises de presse marocaines, ainsi que les dirigeants des organisations non-gouvernementales marocaines, régionales et internationales, vous demandant de bien vouloir initier, le plutôt possible, des consultations nationales élargies pour la préparation d'un projet de loi sur le droit d'accès à l'information au Maroc.
Le CMF MENA, qui a initié cette campagne, vous présente aussi un mémorandum contenant ses revendications. Une loi sur le droit à l'information au Maroc est aujourd'hui nécessaire pour la poursuite de la modernisation de l'administration marocaine et pour l'information des citoyens sur les activités du gouvernement et des départements administratifs qui y sont rattachés. La situation des journalistes marocains par rapport à l'accès à l'information et la documentation détenue par l'administration marocaine est, comme le démontre notre enquête[1], très précaire et demande des solutions rapides.
Cette enquête révèle que les journalistes marocains subissent la non-coopération de plusieurs ministères stratégiques. Ils sont confrontés quotidiennement à un mur de silence en ce qui concerne plusieurs dossiers d'intérêt général. Le gouvernement électronique, qui se concrétise lentement, entre autres, par le développement de siteweb des ministères, n'a pas encore atteint ses objectifs. Les journalistes considèrent que le contenu de ses sites n'a que très peu d'utilité pour leur travail d'investigation. Ils déplorent que plusieurs administrations publiques n'ont pas de chargés de communications. Et, dans les administrations où les chargés de communications existent, ils ne sont montrent pas souvent disponibles ou coopératifs.
En outre, certains journalistes ont vécu de sérieux conflits, qui ont affecté leur travail, avec des chargés de communications qui se comportent comme si l'information leur appartient personnellement, ou qui ne saisissent pas la valeur du temps pour le travail des journalistes. Nous pensons que cette attitude est contraire au « code de bonne gestion de l'administration », adopté par le Parlement marocain en 2002.
Nous pensons que si cette situation continue, elle aura pour effet de retarder le développement des médias marocains et de handicaper la participation des citoyens aux efforts de développement du pays. Nous considérons qu'il est étonnant qu'un gouvernement, qui affiche dans les milieux internationaux sa volonté d'adopter des mesures de transparence dans ses actions, continu de soutenir une administration disposant d'un pouvoir absolu sur ce que les médias peuvent recevoir comme information et sur ce que les citoyens doivent savoir. Dans tous les cas, il est internationalement reconnu que des citoyens mal ou sous informés ne peuvent participer à la construction de la démocratie et le développement de leur pays.
Nous proposons que le nouveau projet de reforme du code de la presse soit soumis au débat public pour que toutes ces dispositions soient redéfinies, et surtout celles sur le droit d'accès à l'information[2]. Nous pensons que le Maroc ne peut continuer à exister en dehors de la tendance internationale formée par les pays qui ont choisi de garantir à leurs citoyens le droit à l'accès à l'information. Plus de 70 pays ont déjà adopté des lois dans ce sens et plus de 40 pays débattent des projets de lois.
Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de mes sentiments les plus dévoués.
Said Essoulami
Directeur Exécutif
CMF MENA
Documents joints :
Pétition soutenue par les directeurs et rédacteurs en chef des médias marocains et les organisations non-gouvernementales demandant l'adoption d'une loi sur le droit d'accès à l'information au Maroc.
[1] CMF MENA: "Secrets d'Etat: administration et journalistes au Maroc : le défi du droit à l'information. Rapport d'une enquête. Casablanca, mai 2007.
[2] Voir nos critiques sur le projet de reforme du code de la presse, la note 1 sur le droit d'accès à l'information dans le projet de reforme du code de la presse et la note 2 sur le projet du Conseil national de la presse.