A quelques semaines du lancement des programmes en langue arabe, APN a interviewé Luis Rivas, directeur de l'Information et de l'Antenne de cette chaîne internationale basée à Lyon, en France.
APN : Pourquoi avez-vous choisi de lancer une programmation en langue arabe ?
Luis Rivas: Aujourd'hui, n'importe quelle chaîne de télévision revendiquant un statut international souhaite émettre en arabe et a fortiori EuroNews qui diffuse déjà simultanément en sept langues (anglais, français, allemand, italien, portugais et russe). Nous considérons que l'arabe est une langue européenne en raison de la présence d'une grande communauté arabophone sur le continent.
Nous voulons donc que les informations que nous diffusons soient également accessibles au monde arabe mais aussi aux citoyens arabophones établis en Europe. En vertu des accords de distribution que nous avons signés, nous devrions bien entendu toucher également les pays du Maghreb, du Machrek ainsi que les pays du Golfe.
Nous proposerons à nos auditeurs arabophones exactement le même programme que celui que nous diffusons dans les sept autres langues. Il ne s'agira pas d'une traduction.
Le principe au sein d'Euronews est que les journalistes des sept (et huit avec l'arabe) départements définissent ensemble le sujet et se mettent d'accord sur l'angle et que chacun produise son reportage. Il n'y aura donc pas de reportages spécifiques aux pays arabes. Tous nos téléspectateurs voient le même programme, les mêmes sujets mais dans des langues différentes.
APN : Le lancement d'une programmation arabophone n'impliquera donc pas un focus sur l'actualité des pays arabes ?
LR: Non pas particulièrement. Nous ne changerons pas, du fait de l'ajout d'une 8ème langue, notre ligne éditoriale ; pas plus que nous n'avons davantage axé sur la Russie en incluant le russe. En revanche, du fait de la présence au sein de la rédaction de journalistes arabophones, qui constituent une richesse supplémentaire pour la chaîne, nous serons forcément plus attentifs à des questions que nous aurions peut-être négligées auparavant.
La présence de cette nouvelle équipe de journalistes de différentes nationalités nous permettra certainement d'élargir la palette des sujets que nous couvrons habituellement et d'effectuer davantage d'interviews en langue arabe.
Donc même si la ligne éditoriale ne changera pas, il y aura inévitablement un enrichissement éditorial. Et le fait de travailler avec des équipes culturellement diversifiées contribuera à l'élimination des clichés dans lesquels les médias nationaux tombent souvent.
APN : Ce n'est pas la première expérience arabophone d'Euronews. Quelle leçon tirez-vous de l'échec de 1999 ?
LR : Cette expérience fut un échec et Euronews a dû cesser sa programmation en arabe car la subvention accordée par la commission européenne n'avait pas été renouvelée. Il me semble que le ton était trop officiel et pas assez objectif si bien que les téléspectateurs arabophones ont préféré regarder la version française. Il est important que les mêmes standards de liberté d'expression soient appliqués dans toutes les langues sans censure ou ajout d'une langue à l'autre.
APN : Comment se faire une place sur ce créneau de l'information en arabe de plus en plus occupé ?
LR : Avant même d'émettre en arabe, nous avons déjà une audience dans les pays arabophones. En lançant une programmation en langue arabe, nous allons accroître cette audience. Notre choix éditorial est différent de celui de la DW ou de la BBC ou France 24 qui eux véhiculent une interprétation nationale, allemande, anglaise ou française, de l'actualité du monde et ne s'en cachent pas.
A l'inverse, Euronews n'est pas une chaîne nationale mais internationale. Nous ne sommes donc pas perçus comme la chaîne d'un pays qui donne son avis sur les affaires du monde mais comme une chaîne qui s'en tient aux faits et à l'information équilibrée. D'ailleurs notre rédaction ne compte pas d'éditorialistes. C'est ce qui fait notre différence et explique notre succès.
Je vais vous raconter deux ou trois anecdotes révélatrices de notre popularité dans le monde arabe.
Lorsque la journaliste italienne Juliana Sgrena du journal Il Manifesto qui avait été prise en otage en Iraq en 2005 a été libérée, elle a déclarée "je me suis rendue compte de l'impact de mon enlèvement dans le monde parce que mes ravisseurs regardaient Euronews".
Dans le film Sous les bombes que le réalisateur libanais Philippe Aractingi, a tourné l'été 2006 pendant la guerre, une scène montre les protagonistes regardant Euronews. Et enfin c'est sur Euronews que les parents du médecin palestinien retenu en Libye ont assisté à la libération de leurs fils.