Née non-voyante, cette animatrice de radio sonore qu'une voix mélodieuse et un sens aigu du professionnalisme ont élevée au rang de star locale, subjugue ses fidèles auditeurs, qui ne manquent pas d'avoir une pensée pour elle à chaque occasion qui se présente, que ce soit le 8 mars ou la journée nationale des handicapés, le 14 mars, ou encore lors de circonstances moins formelles.
L'émission "Mawakef" (positions) qu'elle anime tous les jeudis matin a bonne presse auprès des Jijéliens comme en témoignent les nombreux avis d'auditeurs exprimés quelquefois en direct à l'antenne.
Naïma Dehmeche, alias Mariama, originaire de la commune d'El Kennar (Jijel), a débuté comme collaboratrice à la radio locale "par passion et par amour déclaré" pour les ondes hertziennes qui l'ont très tôt bercée. Jeune déjà, elle écoutait avec attention et discernement de nombreuses stations arabes et européennes diffusant en langue arabe.
Interactive, son émission traite de nombreux thèmes et réalités de la vie sociale et culturelle tels que la violence, les passe-droits, la bureaucratie ou encore les mariages intercommunautaires, pour ne citer que ces thèmes difficiles mais que, elle, sait manier et diriger.
Les nombreuses réactions à ce genre de thèmes ne tardent jamais à atterrir au standard téléphonique de la radio. "C'est pour moi une vraie satisfaction", dit-t-elle tout sourire et visiblement très à l'aise dans les studios où elle est soutenue, estimée et respectée pour son savoir faire et sa ténacité comme elle l'est d'ailleurs dans la vie courante.
Pour elle, le handicap visuel n'est pas un obstacle pour s'accrocher à la vie et y faire oeuvre utile au même titre que n'importe quelle autre personne humaine : "il ne faut pas préjuger de cette frange sociale !", soutient-elle avec conviction en en voulant pour preuve sa propre réussite dans un domaine aussi sensible et aussi engageant que la communication de masse.
Un seul regret taraude cependant l'esprit de Mariama : celui de n'avoir pas pu poursuivre ses études en raison de l'absence, dans sa région, d'une école spécialisée pour les non voyants...
Issue d'une famille de condition modeste composée de 9 membres, elle travaille depuis 1982 --à plein temps cette fois-- comme standardiste téléphonique à la mairie d'El Kennar d'où elle est originaire.
Au téléphone, comme à la radio, les ondes bercent ainsi la vie de Mariama qui exhorte les femmes ayant les mêmes besoins spécifiques qu'elle d'être "utiles à la société", quel que soit le degré de leur handicap car celui-ci, dit-elle, qu'il soit visuel ou de toute autre nature, "peut être vaincu et transcendé par la volonté et le courage d'aller de l'avant".
Dans son foyer, la bonne dame excelle aussi dans l'art culinaire.
En authentique cordon bleu, elle réussit à la perfection des confiseries et autres plats locaux. C'est que la cuisine est, pour Mariama, un autre motif de fierté et elle l'avoue avec la simplicité et l'humilité qui vont si bien à tous ceux qui ont eu la force de faire du handicap non pas un frein mais un puissant catalyseur.