Elle donne une mélodie, une âme à tout ce qui a disparu et à toutes ces pensées qui la touchent autant qu'elle nous touchent tous, de plus prés.
Elle ? Naima Samih, évidement.
Au dernier ramadan, entre f'tour et s'hour les conversations sur ses adieux à la scène musicale s'alimentaient des rumeurs de son entourage et d'articles de presse.
On la disait malade, déprimée…Aujourd'hui elle fait l'événement de la rentrée dans la soirée de Naghmawatay de la TVM, le dernier week-end de novembre 2007. (*) Une manière de fêter ses presque quarante ans de chansons. Un chant de départ ?
Alors que certains cherchent son bulletin de santé ou la date sa mise à la retraite, d'autres, aussi nostalgiques que mélomanes réalistes se constituent à coups de piratages, la complication de ses albums et de ses succès. Car la grande dame de la chanson marocaine comprend (et son public aussi), qu'elle « n'a plus vingt ans depuis longtemps » comme le confessait, musicalement, ce chanteur français si attachant. Pourtant elle chante toujours. Comme il y a plus de vingt ans. Sinon en mieux.
A Naghmawatay, alors que l'animateur, l'équipe technique, les musiciens et les invités s'attendaient à reprendre avec elle le tube éternel yak a jarhi (ô ma blessure !) Naima Samih surprend tout son monde, et avec maîtrise, en leur offrant une interprétation plus réussie que celle des enregistrements précédents ou en studio, de sa préférée du moment : Ou âala ghafla (à l'improviste).
Peut être que l'image et cette contribution imprévue ne sont pas traitées avec la distance et le professionnalisme opportuns que mérite cette vedette d'exception. Néanmoins cela n'a pas empêché Naima Samih et Naghmawatay d'offrir au public un moment de bonheur. D'invitée inattendue de la soirée du chanteur Karim Tadlaoui, son ami, Naima Samih en devient la vedette.
Faut –il souligner, pour mieux apprécier cette prestation, que la diva Naima Samih n'a eu recours à aucune répétition préalable avec l'orchestre. Un bref entretien avec les musiciens et la réactivité complice et amicale des invités présents sur le plateau de tournage étaient largement suffisants pour créer l'étincelle.
Certes, Naima Smih fait toujours une vive impression sur son public aussi bien présent à l'enregistrement qu'a travers la télévision. Mais comment, alors que ses apparitions se font de plus en plus rares, résister au plaisir, à faire partager avec les téléspectateurs, de la rencontre avec cette divine artiste.
Driss Mrini, le concepteur de cette attachante émission, Naghmawatay, si attachée à la présentation de ce qui fait la gloire du patrimoine musical marocain, a fait le bon choix en rendant, à sa manière, hommage à ce monument vivant de la chanson marocaine. Dans une autre vie, dans les années soixante- dix, il a vécu, avec elle, une satisfaction semblable à l'occasion l'enregistrement de sa chanson, Jrytou jarit.
Elle peut courir, la pendule du temps ! Elle ne nous empêchera pas d'affirmer avec Driss Tadili, un très grand connaisseur de la « chose » artistique marocaine que « Naima Samih est le symbole du chant (tarab) de l'excellence » et qu'elle demeure « la première dame de la chanson sans conteste ». Ce titre/ attestation, relevé par la revue artistique Adouaa al Madina, en décembre 1993, montre combien l'attraction sincère de Naima Samih demeure intacte. Il suffit de la regarder et de l'entendre dans Naghmawatay pour constater que le charme n'est pas rompu. Même si son passage de quelques minutes nous laisse sur notre faim. A moins que ça ne soit, sur un rendez- vous d'une soirée consacrée à la diva casablancaise.