Vous avez opté pour le cinéma comme activité parallèle au sein de la faculté polydisciplinaire de Safi. Quelles en sont les motivations ?
Que l'on veuille ou non, nous sommes dans un âge médiatique qui a pour caractéristique principale: la culture de l'image et le médium le plus populaire est sans doute le cinéma. Or, les étudiants n'ont aucune connaissance des principes de base de cette culture. L'idée d'introduire le cinéma dans l'espace universitaire peut d'abord les aider à leur apprendre comment comprendre, lire et interpréter les images. Ensuite, développer et élever leur sensibilité picturale et esthétique. Et, enfin, préparer ces mêmes étudiants à avoir des outils nécessaires à leur insertion future dans le milieu professionnel, s'ils choisissent de travailler dans les domaines de l'image (publicité, télévision, cinéma, etc.)
Que peut apporter le cinéma à un établissement universitaire?
A vrai dire, cette question en amène une autre : que peut apporter l'université au cinéma ? La relation qui les unit est dialectique. Pour moi, le cinéma, comme la littérature, est un champ esthétique que l'université et nos jeunes universitaires doivent étudier. En investissant l'espace universitaire, le cinéma va constituer un savoir esthétique et académique pour les étudiants et les professeurs. A leur tour, ces derniers peuvent fournir au cinéma un background intellectuel et didactique (histoire du cinéma, analyse des oeuvres filmiques, formation d'un public averti, ...)
Comment le cinéma pourrait il servir les causes de la tolérance et de l'amour au sein de nos universités?
On dit souvent que l'art ne peut pas changer le monde, mais je pense que malgré tout, il y contribue fortement. Le cinéma, par sa richesse et sa variété, est le symbole même de la tolérance et de l'amour. En regardant différents films marocains, iraniens, américains, français, etc., l'étudiant marocain ne peut qu'exacerber sa sensibilité artistique et voir le monde autrement. Voir un film, a fortiori s'il est étranger, est en soi un voyage vers la tolérance et l'amour. De plus, un film visionné en collectivité (en salle ou en ciné-club) est toujours sujet à des échanges et des débats entre spectateurs. Le cinéma a donc cette capacité de changer notre vision du monde.
La ville de Safi organise le festival du cinéma francophone. Quels rapports entretenez vous avec cette manifestation?
Nous sommes pour l'instant spectateurs et supporters actifs. La plupart de nos étudiants sont les « clients » de ce Festival et nous aimerions qu'ils puissent s'investir davantage dans sa mise en place. D'autant que le Festival a encore besoin d'aide pour se développer et prendre toute l'ampleur qu'il mérite.
Comment envisagez vous développer vos rencontres cinématographiques?
Nous souhaiterions qu'elles puissent progressivement devenir un évènement local qui ne soit plus limité au seul public estudiantin. Mais pour cela, il faudrait nous associer avec une salle de cinéma... et Safi en manque cruellement. Nous aimerions également que les Journées Cinématographiques soient le point de départ d'une dynamique nouvelle où davantage de cours liés au cinéma seraient proposés dans notre département de Lettres. La Filière des Etudes Arabes sera elle aussi impliquée à partir de l'année prochaine. Pour l'avenir, nous comptons sur la collaboration active du CCM pour projeter davantage de films. Nous espérons aussi instaurer des leçons de cinéma avec des professionnels et des cinéastes marocains, à l'instar de notre dernière rencontre avec le réalisateur Kamal Kamal ou celle de l'année passée avec Noureddine Lakhmari, ou encore dans nos ateliers d'écriture de scénario.
D'autres villes comme fes, Errachidia organisent des rencontres cinématographiques universitaires. S'agit il d'un nouveau mouvement ou d'une contribution qui vise à enrichir notre paysage artistique?
Le Maroc vit une période dorée où les Universités fleurissent en même temps qu'explose son cinéma. Il y a donc sans doute là une tendance commune qui s'explique par des facteurs extérieurs. Par ailleurs, les universitaires et les chercheurs en sciences humaines ont aujourd'hui pris conscience de l'importance de la culture de l'image comme objet d'étude. Nous ne pouvons que nous en réjouir.