Ce qui surgit déjà s'enfuit. Mais ce qui fait trace, ce qui fait trace demeure à jamais écrit. Stefano Berca capte ce désir d'être, intense et fragile, qui se rêve d'éternité pour effacer l'oubli. Images qui ouvrent l'espace, retiennent l'éphémère, dédoublent le réel…
En quête d'un Ailleurs, ou d'un Autre ?…
Stefano Berca est un veilleur d'instants et d'instinct. Un guetteur, un sondeur qui révèle, à la surface du monde, un univers - palimpseste où la nature, même humaine, même urbaine, bruisse, chuchote, vibre…Parce ce qu'il lui importe de relever la beauté de cette évidence : les traces sillonnent le visage du monde. Elles font parler la solitude des lieux où les déchets rivent au sable leur mélancolie.
La magie des lieux où les moindres empreintes respirent comme un souffle de vie. La mémoire des lieux où le sillage tente de suppléer l'oubli. Jusqu'aux rides des mains, dont la douce poésie retient le mystère d'une vie…
Chaque sillon, griffure, double l'écriture du temps d'un langage qui ouvre l'espace au rêve de territoires perdus.
Alors la nature se lit comme un journal intime, dont il déplie avec pudeur chaque état d'âme et de couleur. Blessures et murmures. Fragments infimes qui dessinent parfois de vertigineux paysages, aux limites indécises, et aux contours ajourés. On ne voit pas. On imagine. Les gens sont silhouettes, les lumières créent l'ombre, le réel engendre l'imaginaire, l'un suscite le double…
Ces fragments de vies minuscules, traversés d'un soupçon d'infini, se parent de l'étrange visage, -fixe-, d'un pur moment d'éternité.
Le propos dépasse cependant le simple constat de montrer ce qui est, et que nous ne voyons jamais. Car, dans le travail de ce photographe, la matière devient un personnage sensuel dont le grain accroche la lumière, attire la profondeur du regard, et renvoie à l'insondable mystère du réel. La photo devient à la fois surface et chair, transparence et profondeur.
Matière métaphysique étrangement physique, qui s'incarne dans la rigidité du verre ou du plexiglass, se cristallise dans l'opacité de l'aluminium, se déploie dans la fluidité de la toile. C'est le passage du temps qui fait trace, tout simplement, et la photographie l'interroge doublement, en proposant d'épouser aussi bien la brièveté de l'instant, que de rendre hommage à l'épuisement de la durée. Ephémère…
Nb : Le vernissage de l'exposition photographique de l'artiste Stefano BERCA est prévue à la galerie d'art moderne, Nadar, situé à casablanca, au Maarif, en date du 08 novembre 2007 jusqu'au 30 novembre 2007.