Le verdict contre le rédacteur en chef du magazine d'opposition al-Destour a été prononcé par le tribunal correctionnel du Caire, présidé par le juge Chérif Kamel Moustapha, qui siégeait dans une banlieue nord-est, selon un correspondant de l'AFP.
M. Eissa, 43 ans, a été reconnu coupable de "diffusion de fausse information" nuisible "à l'intérêt général et la stabilité du pays".
Le journaliste qui n'assistait pas au procès, a indiqué à l'AFP qu'il ferait appel. Il a qualifié ce jugement, dont l'exécution est suspendue, de "contraire à toutes les conventions internationales sur les droits de l'Homme".
Le tribunal se prononçait sur une plainte du Service de sécurité intérieure, mais il doit aussi faire face d'ici dix jours à d'autres procès intentés par des avocats proches du parti au pouvoir, le Parti National démocratique (PND).
Ce journaliste très connu, plusieurs fois condamné ou suspendu d'activités, avait repris l'été dernier dans les colonnes du Destour des rumeurs sur la santé du président Moubarak, 79 ans.
Ces rumeurs faisant état de la mort du chef de l'Etat égyptien ou de son hospitalisation d'urgence avaient conduit M. Moubarak à faire plusieurs apparitions publiques.
Suzanne Moubarak, l'épouse du "raïs", s'en était émue, affirmant qu'il était "en excellente santé" et estimant que ceux qui colportaient de telles rumeurs devraient rendre des comptes.
"Parler de la santé du président ne devrait pas être un tabou, j'ai seulement dit qu'il avait des problèmes sans gravité de circulation sanguine", a affirmé M. Eissa après le verdict.
Il a affirmé que ce jugement "traduit l'hostilité totale du régime à la liberté de la presse, et sa détermination à emprisonner les journalistes".
"C'est une tentative pour affirmer la sainteté du président Moubarak", a-t-il dit.
En réaction à la décision de la justice égyptienne, Nicole Choueiry, porte-parole d'Amnesty International a appelé à une "plus grande liberté pour les médias, en amendant la loi de la presse et mettant un terme aux accusations de diffamation criminelle dans des affaires de ce type".
"Les autorités égyptiennes utilisent les accusations de diffamation criminelle pour tenter de décourager les médias et les couvertures de questions considérées taboues par les autorités", a-t-elle dit à l'AFP.
Human Rights Watch a également condamné le verdict et les lois permettant de juger de telles affaires.
"Ces lois qui autorisent l'emprisonnement pour avoir exprimé des idées pacifiques doivent être abrogées", a déclaré à l'AFP le porte-parole de HRW pour le Moyen-Orient, Gasser Abdel-Razek.
"Eissa a été jugé non pas pour avoir commis un crime mais pour avoir discuté de problèmes qui intéressent le public. Il s'agit d'un verdict politique", a-t-il estimé.
"Le cadre légal dans lequel travaillent les journalistes et les écrivains est restrictif et représente une violation de la Constitution de l'Egypte et de la loi internationale des droits de l'Homme", a dit M. Abdel-Razek.
Une vague de procès contre des journalistes égyptiens était intervenue à l'automne dernier, suscitant de vives critiques tant en Egypte qu'à l'étranger.
Une vingtaine de journaux indépendants ou d'opposition avait alors fait une grève de parution en signe de protestation dénonçant des "atteintes à la liberté de la presse par le pouvoir".
Les Etats-unis, dont l'Egypte est un des principaux alliés dans la région, avaient aussi fait part de leur "profonde" inquiétude face aux condamnations à répétition de journalistes égyptiens.