L'exposition "Traversées", qui se tient parallèlement à la 10e foire internationale d'art contemporain Art-Paris (du 3 au 7 avril), se veut emblématique des mutations esthétiques que connaissent les sociétés arabes "sous les effets de la mondialisation", explique à l'AFP Brahim Alaoui, historien de l'art et commissaire de l'exposition.
Rencontre entre marché de l'art et découverte culturelle, l'exposition accueille au milieu d'une centaine de galeries françaises et internationales installées au Grand Palais, près des Champs-Elysées, des artistes venus du Maghreb et d'Orient ou ceux de la diaspora.
"Sa particularité c'est d'avoir su donner une vision synthétique de la nouvelle scène culturelle arabe. Aussi bien par la forme que par le fond, les artistes arabes contemporains sont porteurs de messages qui préoccupent le monde entier et pas seulement leur espace géographique", analyse M. Alaoui.
Pour lui, le choix du titre "Traversées" évoque une double passerelle: entre le passé et le présent, entre l'Orient et l'Occident.
Le message de ces artistes est plus facilement accessible au public qui n'est pas issu de leur sphère culturelle et "démontre qu'il n'y pas de choc des civilisations possible", souligne encore M. Alaoui dans une allusion à la montée de l'intégrisme islamique dans le monde arabe et à la confrontation redoutée par certains entre l'Orient et l'Occident.
Le Marocain Fouad Bellamine revisite un jeu de cartes espagnol en incrustant de nouveaux détails dans le graphisme habituel.
La Tunisienne Meriem Bouderbala photographie une femme en mouvement sous un tissu léger qui l'enveloppe entièrement. Le corps ondoie en s'effaçant sous les plis.
Enfant d'une banlieue parisienne, Kader Atia a traversé la Méditerranée pour revenir avec les images de la plage "Rochers carrés" à Alger, ainsi appelée en raison d'immenses blocs en béton qui y ont été déposés sans raison apparente.
Les blocs où viennent s'asseoir des jeunes désœuvrés évoquent les barres HLM des banlieues françaises, montrant à quel point la frontière entre les deux rives n'est peut-être pas aussi étanche que l'imaginent les jeunes algérois puisque la mal-vie se retrouve des deux côtés.
Pour Brahim Alaoui, l'exposition illustre le mouvement accompli dans "le temps et l'espace" par les artistes arabes de la nouvelle génération.
Dans le temps, parce que cette génération aborde avec plus de liberté les thèmes autrefois tabous comme la sexualité ou la religion. Dans l'espace, car ces artistes se construisent une nouvelle "identité composite" en voyageant plus que leurs aînés engagés dans la reconstruction post-coloniale.